Tabous et préjugés
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En octobre 2002, Santé Canada publiait le Rapport sur les maladies mentales au Canada dans lequel l'un des points saillants était que « la stigmatisation rattachée aux maladies mentales présente un obstacle sérieux, non seulement pour le diagnostic et le traitement, mais également pour l'acceptation dans la collectivité ». (Santé Canada et al. (2002). Rapport sur les maladies mentales, p. 7)
Le même Rapport sur les maladies mentales au Canada rapporte que : « Les niveaux élevés de stigmatisation et de discrimination accordés aux malades mentaux représentent une des réalités les plus tragiques des maladies mentales au Canada. Découlant de la superstition, du manque de connaissances et d'empathie ainsi que d'une tendance à craindre et à exclure les personnes qui sont perçues différentes, la stigmatisation et la discrimination existent depuis toujours. Il en résulte les stéréotypes, la peur, l'embarras, la colère et un comportement d'évitement. Elles obligent les gens à garder le silence sur leur maladie mentale, les amenant souvent à différer une demande de soins de santé, à éviter de suivre le traitement recommandé et à éviter de partager leurs préoccupations avec leur famille, leurs amis, leurs collègues, leur employeur, les dispensateurs de services de santé et d'autres dans la collectivité. » (Santé Canada et al. (2002). Rapport sur les maladies mentales, p. 21)
Selon l'Institut de santé publique du Québec (2008) les préjugés entourant la maladie mentale incitent près de 2/3 des personnes atteintes à ne pas chercher l'aide dont elles ont tant besoin. De plus, 42 % des gens aux prises avec un problème de santé mentale ne l'ont pas dit à leur famille de peur d'être jugés. Aussi, selon une étude américaine, 75 % des employés atteints ne sont pas allés chercher immédiatement de l’aide pour leurs symptômes de dépression parce qu’ils avaient peur d’être jugés et que la situation nuise à leur avancement dans l’entreprise (University of Michigan Depression Center, A study of Depression in the Workplace, février 2004).
Nous pouvons nous poser la question : « Et si c'était moi qui vivais une dépression, est-ce que je le dirais à mon patron ? » Fort probablement que non, car malheureusement, de nombreux préjugés et de multiples formes de discrimination entourent encore les maladies mentales.
Plusieurs témoignages confirment la nécessité d'actions concrètes pour démystifier les maladies mentales en milieu de travail. Il est primordial d'enrayer les préjugés et la culpabilité, souvent accolés aux maladies mentales, afin de favoriser leur dépistage et l'acceptation par l'individu concerné et son entourage qu'une maladie mentale, au même titre qu'une autre maladie telle que le diabète par exemple, est une maladie qui se soigne.
Les gestionnaires ne sont pas tenus de « soigner » les membres de leur personnel qui pourraient présenter des signes de dépression ou autres maladies mentales, car cette tâche ne relève pas de leur compétence. La Fondation est toutefois d'avis que leur rôle consiste, entre autres, à réagir sans préjugé à ces signes afin d'adresser leurs employés à des professionnels ainsi qu'à les outiller dans leur démarche pour mieux gérer la situation.
Pour la FMM, nous trouvons primordial de détecter les problèmes de santé mentale et d’inciter les adultes à consulter et si nécessaire, à recevoir un traitement adéquat. Comme beaucoup d’autres maladies, les maladies mentales réagissent mieux au traitement quand celui-ci est appliqué en début de maladie. Certaines de ces maladies, comme la dépression, peuvent s’aggraver et même devenir chroniques si elles ne sont pas correctement traitées. Par ailleurs, le dépistage, l’intervention et le traitement précoces peuvent diminuer de manière significative la durée de la maladie et les risques de rechute.
Tant l’employeur que l’employé ont avantage à ce que la maladie soit diagnostiquée et traitée le plus tôt possible. Près de 50 % des absences en milieu de travail sont liées à la maladie mentale, un problème grandissant qui se doit d'être attaqué de front (Institut de santé publique du Québec, 2008). Au Canada, 18 % des travailleurs ont rapporté avoir eu un diagnostic de dépression clinique (Ipsos Reid, Mental Health in the Workplace, 2007). Est-il nécessaire de dire que cet état de fait entraîne des coûts énormes.
Les questions de santé mentale sont au premier rang des causes de demandes de règlement d’invalidité de courte et de longue durée soit 82 % et 72 % respectivement (Watson Wyatt, Le rapport Au travail! Canada, 2007). Les pertes se chiffrent à environ 33 milliards de dollars par année, et ce montant ne comprend ni les traitements, ni les soins de santé, ni la perte de productivité de ces gens qui souffrent en silence. (Réseau canadien de la santé, Souffrir en silence : la stigmatisation, la maladie mentale et le milieu de travail, 15 octobre 2005). Un employé qui a reçu un diagnostic de dépression et qui reçoit un traitement approprié permet à l’employeur d’économiser anuellement 10 000 $ en médication et en remplacement de salaire (Global Business and Economic Roundtable on Addiction and Mental Health, 2000).


