Nouvelles du programme
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Principaux résultats de l'étude d'implantation du projet Solidaires pour la vie (mai 1999)
Dr Patricia Garel,
Dr François Maranda,
Pédopsychiatres, programme de psychiatrie, Hôpital Sainte-Justine
L'importance de l'évaluation d'un programme de sensibilisation
par Richard Boyer, M.A. (Soc.), Ph.D.
Les troubles mentaux et le suicide sont parmi les plus importants problèmes de santé publique au Canada, au Québec et dans le monde. L'Organisation mondiale de la santé indique que la dépression majeure passera, en 2020, du quatrième au deuxième rang des maladies induisant le plus lourd fardeau en matière d'incapacité. Bien que nous n'ayons pas de données spécifiques au Québec, les études nord-américaines récentes suggèrent que 20 % de la population présente un trouble mental au cours d'une année et que près de 30 % de la population souffre d'un trouble mental au cours de sa vie.
Ces problématiques touchent tous les secteurs de la population, incluant les plus jeunes. Par exemple, l'enquête sociale et de santé menée par Santé Québec en 1992-1993 montre que 37 % des jeunes de 15 à 17 ans présentent un niveau élevé de détresse psychologique, alors que ce niveau de détresse est de 16 % dans la population âgée de 18 ans et plus. Cette enquête a aussi montré que les jeunes de 15 à 17 ans rapportent 2,5 fois plus souvent avoir pensé sérieusement au suicide que les Québécois de 18 ans et plus. Enfin, plusieurs recherches scientifiques, dont l'une réalisée par notre équipe au Centre de recherche Fernand-Seguin, ont montré que la dépression majeure était un facteur de risque de premier ordre pour le suicide. Il est donc logique de croire que la prévention du suicide passe par un meilleur dépistage et traitement de la dépression. Mais encore faut-il prendre conscience que l'on souffre de dépression majeure et que l'on sache que des traitements existent pour apaiser la souffrance.
Il ne fait donc aucun doute que le problème de santé mentale touche même les jeunes adolescents et que la Fondation des maladies mentales (FMM) a très bien ciblé cette population à risque dans le cadre de son programme Solidaires pour la vie visant à sensibiliser les jeunes du secondaire III, IV et V à la dépression. Cependant, la mise en place d'une telle intervention de sensibilisation ne doit pas en rester là. C'est dans cette perspective que la Fondation s'est engagée à évaluer l'implantation et l'efficacité de son programme Solidaires pour la vie. Nous avons donc, dans un premier temps, procédé à une analyse de l'implantation de ce programme. L'évaluation de l'implantation vise à montrer que le programme est bien implanté et qu'il n'entraîne pas d'effets secondaires négatifs.
En résumé, l'étude d'implantation a montré que :
• les animateurs de la Fondation réussissent à suivre le scénario de la présentation, même lorsque les conditions spatio-temporelles ne sont pas toujours idéales ;
• les élèves ont affirmé à 93 % avoir presque tout compris de la présentation ;
• dans une proportion de 98 %, les élèves qualifient la performance des animateurs de bonne à excellente ;
• les élèves ont recommandé à 93 % la présentation à d'autres classes ;
• les élèves considèrent qu'il est important de parler de la dépression chez les adolescents.
L'étude a aussi permis de montrer que le personnel scolaire reconnaît la pertinence de l'information transmise et apprécie le contenu de la présentation et la qualité du matériel visuel et de la vidéo. Les professeurs nous affirment que le message de la Fondation est très bien adapté aux élèves et qu'ils recommanderaient la présentation à leurs collègues. Enfin, en ce qui concerne la surcharge des services aux étudiants, les professionnels des écoles nous disent qu'ils ont bel et bien observé une légère augmentation des consultations après le passage de la Fondation dans leur milieu, mais que cela n'a pas engendré de véritable surcharge.
Les résultats positifs de l'étude d'implantation montrent qu'une fois de plus la Fondation a fait preuve d'une très grande rigueur afin que la tournée Solidaires pour la vie porte ses fruits.
Principaux résultats de l'étude d'impact menée pendant l'année scolaire 1999-2000
Une étude d'impact concluante pour le programme Solidaires pour la vie
par Richard Boyer, M.A. (Soc.), Ph.D.
Objectifs
Une seconde étude a été réalisée afin d'évaluer l'efficacité du programme Solidaires pour la vie. Cette recherche a été menée par Richard Boyer, Ph.D du Centre de recherche Fernand-Seguin affilié à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine et à l'Université de Montréal. L'étude poursuivait deux objectifs, soit d'évaluer si l'animation conçue par la Fondation réussissait à transmettre aux adolescents de nouvelles connaissances sur la dépression et à modifier leurs attitudes afin d'avoir recours aux services disponibles dans leur établissement scolaire.
Aspects méthodologiques
L'étude a été construite selon un devis de recherche permettant de comparer deux groupes d'élèves. Le groupe expérimental a été évalué à deux reprises, soit avant et après l'animation. Le groupe de comparaison a également été mesuré à deux moments, mais sans avoir participé à l'animation. Les deux groupes étaient composés d'élèves des secondaires IV et V. Dix classes furent sélectionnées dans cinq écoles. Le groupe expérimental était composé de 197 élèves et le groupe de comparaison de 88 adolescents. Les deux groupes étudiés sont comparables quant à la proportion de garçons et de filles et à l'âge moyen. Le taux de participation aux deux temps de mesure s'élève à 89 %. Les connaissances et les attitudes des élèves furent évaluées à l'aide d'un questionnaire spécialement conçu pour l'étude. Le questionnaire suivait précisément le contenu de l'animation et comportait 17 questions sur les connaissances et 11 questions sur les attitudes.
Résultats
L'étude révèle que le groupe expérimental composé des élèves ayant assisté à l'animation de la Fondation obtiennent de meilleures notes au test de connaissance et d'attitude que le groupe de comparaison n'ayant pas assisté à la présentation avant le test. Par exemple, on constate que 90 % des élèves du groupe expérimental obtiennent une note de 60 % ou plus alors que seulement 27 % du groupe de comparaison obtiennent de telles notes. En moyenne, le groupe expérimental obtient une note de 74 % contre seulement 51 % pour le groupe de comparaison. De manière plus précise, l'étude montre que les adolescents ayant participé à l'animation de la Fondation connaissent mieux ce qu'est la dépression chez les adolescents puisqu'ils obtiennent des scores supérieurs pour 15 des 17 connaissances spécifiques visées par l'animation. L'animation a permis, entre autres, de transmettre les connaissances suivantes aux adolescents :
• La dépression est une maladie et un adolescent peut souffrir de dépression ;
• la dépression n'est pas associée à une faiblesse de caractère de la personne ;
• la dépression est une des causes importantes de suicide chez les adolescents ;
• les problèmes de dépression à l'adolescence ne peuvent se régler entre amis, sans aide extérieure.
De plus, les élèves du groupe expérimental obtiennent de meilleurs résultats pour huit des onze attitudes envers le recours aux services d'aide professionnel en cas de besoin lié à la dépression. dont, entre autres :
Les adolescents qui ont assisté à l'animation reconnaissent maintenant :
• qu'il ne faut pas attendre avant de consulter un professionnel de la santé, si eux-même ou une autre personne présente des signes de dépression ;
• qu'ils peuvent aider leur ami pour aller chercher de l'aide en cas de besoin ;
• qu'ils ne doivent pas garder le silence sur le projet de suicide d'un ami ;
• qu'ils peuvent aller chercher de l'aide dans leur milieu en cas de besoin pour eux ou leurs amis.
Synthèse
En conclusion, les résultats de cette recherche permettent d'affirmer que l'animation élaborée par la Fondation permet d'accroître les connaissances des adolescents sur la dépression et à modifier leurs attitudes afin d'aller consulter les ressources nécessaires. Par ailleurs, l'étude a permis à la Fondation d'identifier des secteurs de connaissances et des attitudes plus difficiles à transmettre aux adolescents et ainsi modifier le contenu et la stratégie de l'animation pour encore mieux informer les jeunes sur ce problème de santé mentale qui a trop longtemps été négligé.


